Ultimes pas à Londres
07:16 C’est l’heure indiquée sur le téléphone. Les pistons montent et descendent dans leurs cylindres. Le moteur est en marche. Dartford s’éloigne, le cœur de Londres une dernière fois.
Nos ombres glissent sur le trottoir ; comme le merle de la Commune, le soleil, moqueur, semble vouloir nous accompagner pour nos ultimes pérégrinations urbaines. Je le soupçonne plein de malices.
Petit bonhomme rouge scinde souvent le groupe en plusieurs parties. Quand celui de couleur verte le remplace : c’est bon !! Vite vite !! Les chiffres défilent : 5, 4, 3, 2, 1… c’est passé.
Les sons de la ville reprennent, marteaux piqueurs, double-deckers trimbalent les derniers noceurs qui croisent les plus matinaux des habitants.
Dans quelques instants, nous serons dans le British Museum : vestiges des civilisations de l’Antiquité y sont exposés. Perse, Égypte, Grèce… je me demande si Bamako possède des collections de poteries gauloises, saxonnes…
À quelques mètres de l’entrée, nous devisons sur les courbatures, les horaires de bateaux, les bonbons qui traînent au fond des poches, et comment renouveler le stock. Les premières inquiétudes concernent le repas du soir. Rassurants : tout est sous contrôle.
Autre récit – Derniers pas au British Museum
Tel un iule qui ondule entre les sarcophages, les estampes de maîtres du 19ᵉ siècle, et les personnes qui s’amassent devant les vitrines, la file des insulaires s’extirpe du British Museum.
Le repas sous l’azur, encore et toujours. Gene Kelly serait bien triste.
Il ne reste que quelques heures ici, et quelques piécettes à échanger contre, pour l’une une boisson, pour l’autre, quelque chose, peu importe.
Ont-ils conscience de ce qui nous attend pour les heures qui suivent, la route si longue ?
Autre récit – Le retour des îliens
Claudiquant sur la gauche, boitillant sur la droite, le fier iule du début de journée ne ressemble plus au défilé matinal, conquérant, tout prêt à relancer querelle contre l’Angle qui, dans sa perfidie et jusqu’au bout, aura refusé de faire pleuvoir ne serait-ce que quelques gouttes.
Il serait malheureux de rentrer au pays avec la peau hâlée, ce qui suscite bien souvent la question : alors… en vacances au soleil ? Comprenez bien qu’il nous faudrait répondre : non, en voyage scolaire en Angleterre.
Alors, boudeurs et perclus de douleurs, et sans un regard en arrière, nous décidâmes de battre retraite, les poches et baluchons pleins de nos larcins et razzias chez Tesco.
Route Douvres, reclus dans notre indomptable vaisseau qui fait la fierté de son capitaine, Philippe le Rouge, dont la cruauté n’a d’égal que celle des écureuils.
Au fond du navire, des chants jaillissent qui racontent les exploits de ces îliens en goguette sur les terres d’Arthur.
Soyez fiers des vôtres qui vous reviennent, épuisés mais heureux.
Dernier matin – Transmission insulaire
07:07 La Bretagne est à portée de main ; nos îles respectives à un jet de pierre par la dite main.
Me croirez-vous si je vous dis qu’il pleut ? Les choses semblent revenir à la normale.
La nuit fut calme et sereine. Des minutes de sommeil s’enchaînent, des heures…
C’est l’heure du petit déjeuner. L’archange nous prépare café, jus…
La communication prend fin maintenant.
PS : l’odeur de l’iode, de la bouse mouillée… le pépiement des passereaux. Londres et bien loin.
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Édouard le Sec peut enfin rendre sa plume.
Le carnet est bouclé. Il ne lui reste plus qu’à faire sa lessive.














